Plus le temps de lire ? Essayez ces 10 histoires

Plus le temps de lire ? Essayez ces 10 histoires.

« J’aime lire mais je trouve plus le temps » 

C’est en général la rengaine des lecteurs déchus ; ceux qui m’abordent en quête de recommandations livresques.

Il y a bien sûr des centaines de bouquins géniaux que je pourrais leur suggérer mais le problème demeure : les livres prennent un temps fou à être lues. À minima trois ou quatre heures pour un roman court.

C’est donc là que j’ai eu ma grande idée : à une époque où tout doit aller vite la nouvelle – l’équivalent d’un reel insta ou short youtube devrait trouver son heure de gloire.

Je peux tout à fait concevoir qu’on n’ait pas le temps de se fader la recherche du temps perdu, mais que dire d’une toute petite histoire de vingt pages ? Non, là c’est vous qui n’essayez même plus.

C’est sur cette sentance irrévocable que je vous ai pondu cette vidéo. Elle s’écarte un peu du reste de la chaîne qui s’adresse à des passionnés, mais devrait satisfaire tout le monde avec une sélection de nouvelles – toutes magnifiquement écrites – par des auteurs ou autrices de diverses nationalités, genres et tout et tout. 

Cerise sur le marque page elles font systématiquement partie de recueils qui vous permettront de prolonger le plaisir en cas de coup de foudre

En clair, après l’avoir matée, tout le monde devrait avoir espadrille à son iepd… ainsi qu’un truc à feuilleter sur la plage… ou dans une rame pourrie de la ligne 13  – c’est selon.

Allez go. 

SCIENCE-FICTION[ SCIENCE-FICTION]

– « Le genre intégré » par William Gibson & John Shirley – 1986 / « Burning Chrome »

« Le genre intégré » est une nouvelle de science fiction coécrite par John Shirley et William Gibson, l’auteur du célèbre Neuromancien, père du mouvement cyberpunk. 

Je voulais démarrer avec parce que c’est une histoire qui m’a beaucoup marqué et que j’apprécie davantage à chaque lecture. 

La trame de cette errance noctambule hallucinée et kaléidoscopique est on ne peut plus simple : un homme suit discrètement de bar en boîte de nuit une femme mystérieuse, fasciné par son aspect et son étrange présence au monde. Mais je vous en dis pas plus pour ne rien vous spoiler.

Extrêmement bien écrite et pleine de métaphores poético-cyberpunks, cette nouvelle aux faux airs de rêverie Modianesque, constitue par ailleurs un excellent point d’entrée dans l’oeuvre de Gibson, pour ceux que son chef d’oeuvre Neuromancien rebuterait un peu à cause sa narration saccadée et son style assez dense.

Sachez par ailleurs qu’elle fait partie de « Gravé sur chrome » – un recueil de nouvelles qu’il a publié en 1986 et que je considère comme l’un des meilleurs dans le genre de la SF – n’hésitez donc pas à enchaîner avec, je pense par exemple à « Johnny Mnemonic » qui a inspiré le film du même nom.

-« Le marchand et la porte de l’alchimiste » par Ted Chiang

Si vous aimez les histoires un peu casse-tête mais où l’on s’extasie à chaque page de l’ingéniosité de l’auteur. « Le marchand et la porte de l’alchimiste » est fait pour vous.

Dans l’orient du moyen âge, un homme découvre par le biais d’un alchimiste une arche lui permettant de se déplacer dans le futur.  

La nouvelle se compose ainsi de plusieurs histoires entremêlées de personnes ayant effectué le voyage – le tout avec un fond de contes philosophiques à la manière des 1001 nuits.

Sans rien vous spoiler le dénouement final est un truc à vous retourner la tête  – façon M Night Shyamalan. 

 « Le marchand et la porte de l’alchimiste » a été publiée dans le recueil « Expiration » qui est une véritable masterclass en termes de storytelling et disons le clairement : il n’est nul besoin d’aimer la SF pour dévorer ses histoires aux thématiques universelles. En le refermant je peux même déjà vous dire ce qui vous trottera dans la tête : « wow sacrément malin cet auteur ». 

HORREUR[ HORREUR] / DARK

– « Dans les Collines, les Cités » de Clive Barker

« Dans les collines, les cités » est certainement l’une des nouvelles les plus dingos que j’ai jamais lue, je me souviens qu’après l’avoir termin », ma première question fut : comment un type a-t-il pu imaginer un truc pareil ? 

Mais le type c’est Clive barker, il bien connu pour Hellraiser et d’une façon générale son esthétique de l’horreur très gore et pleine d’étranges fétichismes flirtant avec le bondage et le masochisme. Vous voilà prévenu. 

Il signe avec « dans les collines, les cités » une histoire plutôt light de ce point de vue mais qui vous marquera à vie, jugez plutôt : 

Alors qu’il sont en voyage dans l’arrière pays yougoslave, un couple gay tombe sur un étrange festival tenu par des locaux et dans lequel deux villages s’affrontent à l’aide de deux géants. Mais des géants d’un genre… un peu spécial. Ce serait criminel de ma part d’aller plus loin dans le résumé car cela vous ôterait un peu du plaisir de la découverte donc je la boucle à partir d’ici. Sachez seulement que oui, c’est aussi hardcore que le nom de Barker peut le laisser entendre.

Sorte d’orgie à cheval entre le sexe, la perfomance, le sport et la célébration. 

Après l’avoir lu, autant vous dire que ces images ne quitteront plus votre tête.

Sachez enfin que cette nouvelle fait partie du premier tome de « Livre de sang » qui est une valeur sûre de la littérature horrifique, le « train de l’abattoir » par exemple, la toute première du recueil, étant un des trucs les plus flippants que j’ai lus.

FANTASTIQUE[ FANTASTIQUE] 

– « La Montre du doyen » du duo d’écrivains Erckmann-Chatrian – 1859

« La montre du doyen » tient une place toute particulière dans mon coeur parce que c’est l’histoire qui m’a donné envie d’écrire. 

Au 19eme siècle, en plein hiver par une nuit de tempête, un groupe de musiciens débarque à Heidelberg, ville allemande située en forêt noire. Mais peu de temps après leur arrivée, le bourgmestre est assassinée et sa montre, mystérieusement découverte dans leurs affaires. Le groupe est alors mis sous les verrous à l’exception du plus jeune, parvenu à s’enfuir, et et qui va dès lors s’efforcer de prouver leur innocence.  

Lue au collège, grâce à ma prof de français, cette nouvelle fantastique à l’ambiance sombre particulièrement saisissante m’avait happer dans son univers au point que, devenu adulte, je consacrais deux semaines à visiter la région en moto, au cours d’un pèlerinage littéraire qui culmina bien sûr par la visite de la ville d’Heildeberg elle même – célèbre pour son château et sa vieille université. 

  • « Revers et dérivées à Tornado Alley » de David Foster Wallace – 1989

Passon rapidement sur une nouvelle un peu à part écrite par l’américain David Foster Wallace, l’un des auteurs les plus excentriques de sa génération.

Passionné de tennis, il écrivit plusieurs textes sur le sujet dont mon préféré est « « Revers et dérivées à Tornado Alley » – récit absurde et délirant dans lequel l’auteur, obsédé des maths, nous expose ses étranges théories sur ce sport, en particulier ses stratégies pour compenser de faibles aptitudes physiques en se servant du vent, et de la topographie du court. Foster Wallace ayant grandi dans le midwest, célèbre pour ses plaines et tornades. J’en dis pas plus. 

Cette nouvelle fait partie du recueil « Un truc soi disant super auquel on ne me reprendra pas » qui est un bon point d’entrée dans l’univers de cet auteur décalé, lequel s’est malheureusement donné la mort en 2008. 

WTF[ FANTASTIQUE]

-[ Révélations du prince de feu] « Révélations du prince de feu » de Léo Henry

Dans le genre curiosité je citerai aussi « Révélations du prince de feu ».

Si vous cherchez l’aventure et l’exotisme, celle ci est faite pour vous. 

C’est un récit curieux à la croisée entre le récit de voyage, le thriller et la fan fiction, l’histoire mettant en scène deux des aventuriers les plus célèbres du 20eme siècle, Corto Maltese, héros fictionnel de la célèbre bande dessinée, et l’écrivain voyageur suisse Blaise Cendrars. 

Suite au meurtre d’une prostituée les deux hommes vont vivre une étrange aventure dans un brésil en proie à la corruption.  

Écrivain méticuleux offrant une riche palette de détails historiques et sensoriels, Léo Henry, connu pour son roman Hildegarde est selon moi l’un des auteurs français contemporains les plus intéressants et dont l’éclectisme de ses histoires ne cesse de me surprendre. Henry est un de ces écrivains qui alliant une forte productivité à désir d’expérimentation nous livre des bouquins semblables à des petites boîtes de chocolats… vous savez… on n’est jamais trop sûr de ce que l’on va y trouver… à titre d’exemple cette histoire fait partie du recueil… « le diable au piano » composé d’une vingtaine d’histoires toutes plus déstabilisantes les unes que les autres. 

NOUVELLES DU MONDE

-« Ken » de Yukio Mishima – 

Passons maintenant à une catégorie que j’appellerais « nouvelles du monde » autrement dit des histoires très ancrées dans la culture d’un pays.

Je voulais d’abord vous parler de « Ken » par Yukio Mishima, écrivain japonais, à la plume sublime mais qui est surtout connu en France pour avoir mis en scène sa propre mort, en 70, se faisant Seppuku suite à une tentative de coup d’état raté.

Sa littérature est celle d’un esthète, traversée d’érotisme, d’une fascination pour la souffrance et la mort. 

Dans cette nouvelle d’une soixante de pages, la plus longue de cette vidéo, on suit l’histoire de Jiro Kobuku, pratiquant de kendo – art du sabre hérité des samourai; dans sa quête visant à atteindre la perfection – le geste juste, mais aussi à conserver une rectitude morale mise à l’épreuve par les jeunes hommes qui l’entourent. 

Comme dans beaucoup de textes de Mishima l’homo-érotisme se diffuse ici par la description méticuleuse des corps en actions mais aussi des dilemmes d’honneurs auxquels se trouvent confrontés les protagonistes. 

Pour conclure, cette nouvelle a été éditée en france dans le recueil appelé « pèlerinage aux trois montagnes », composé d’autres histoires toutes aussi sublimes et qui vous offriront un point de vue unique sur le monde en plus de vous faire découvrir une partie de la culture de ce pays.

-« Anacleto Morones » de Juan Rulfo –

On poursuit notre petit tour du monde avec « Anacleto Morones » par Juan Rulfo, grand écrivain mexicain dont l’oeuvre ne se compose pourtant que deux livres : « le roman de pedro paramo » et  « Le llano en flammes », recueil dont cette nouvelle fait partie.

Un homme vivant reclus dans la campagne mexicaine reçoit la visite inopinée d’une dizaine de femmes membre d’une congrégation. Si leurs motivations ne sont d’abord pas très claires, les masques tombent peu à peu et la nature humaine se dévoile dans cette sorte de huis clos sous un soleil de plomb : macabre et érotique.

Magnifiquement écrite, cette nouvelle, sombre et pessimiste, est bien représentative du style de Rulfo et de sa vision du monde. Si vous l’avez aimée, jetez vous sans hésitation sur le reste du recueil et sa quinzaine de récits portant pour la plupart sur des épisodes de la révolution et des guerres civiles qui ébranlèrent le mexique au début du 20eme siècle. Un univers pauvre, rural, où le cynisme, la corruption, le parfum de la poudre, les douilles, le sexe et la mort s’alignent cote à cote pour former un autre récit national : celui des laissers pour compte.

-« La nuit Catalane » de Paul Morand 

Difficile de parler de nouvelles bien écrites sans évoquer Paul Morand, l’un des grands stylistes de la langue française, dont Céline lui même affirmait qu’il l’avait je cite « jazzée ».

Je vous recommande tout particulièrement « la nuit catalane » écrite dans les années 20 et entremêlant comme souvent chez lui – un récit amoureux avec des évènements historiques, en l’occurrence ici, les émeutes de la tristement célèbre « semaine tragique » qui endeuilla Barcelone durant l’été 1909.

Alors qu’il prend le train à Lausanne, une jeune homme s’enamoure de sa voisine de compartiment ; une belle espagnole se faisant appeler Dona Remedios. Dès lors, il s’efforcera de la retrouver, à Paris ou ailleurs, s’enfonçant dans une passion cruelle.   

Ce personnage féminin tragique et flamboyant, parfaite incarnation de la dualité barcelonaise – ville radieuse mais interlope, est inspiré de la femme d’un célèbre anarchiste catalan exécuté suite à la semaine tragique, et que Morand rencontra quelques années plus tard.

C’est un auteur aujourd’hui méconnu, mis de côté en raison d’une biographie un peu problématique – entre autre sa participation au régime de Vichy, alors qu’il était diplomate.

Malgré cela, le lire de nos jours, c’est s’immerger dans une autre époque, décrite et décryptée avec génie.

Cette nouvelle fait d’ailleurs partie du recueil « ouvert la nuit » qui eut un grand succès à sa parution, Morand grâce à son poste de diplomate qui lui permit de beaucoup voyager y raconte ses diverses aventures et expériences de par le monde.

-« La rivière paresseuse » de Zadie Smith – 

Si vous n’avez rien contre un peu d’humour grinçant, je vous recommande « La rivière paresseuse » par l’écrivaine anglaise Zadie Smith. 

La protagoniste alors qu’elle est en vacances avec sa famille sur la cote espagnole dans un grand hôtel all inclusive observe la clientèle et se lance dans une satire de la société de consommation, à travers la métaphore d’une attraction plébiscitée des touristes : un sorte de fausse rivière où les baigneurs, engoncées dans leurs bouées en plastique dérivent mollement tout au long d’un courant artificiel en forme d’anneau. 

Aussi gênante qu’hilarante, cette histoire, surtout si vous la lisez vacances pourrait bien croyez-moi mettre à rude épreuve votre sens de l’auto-dérision. 

Cette courte histoire fait partie du recueil « Grand Union » dans lequel, au travers d’une dizaine de textes très divers, Smith fait la démonstration de son humour corrosif et oeil acéré. Malin et frais, c’est une bonne porte d’entrée dans l’oeuvre d’une des meilleurs écrivaines britanniques contemporaines.

CONCLUSION

Voilà, j’espère que cette sélection fera battre votre petit coeur de lecteur déchu. Si vous avez d’autres recommandations, partagez les ci dessous à la communauté et n’hésitez pas à faire un petit tour sur le reste de la chaîne. Allez ciao et bonnes vacances.  

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