J’ai toujours eu une affection particulière pour les méchants ou à plus forte raison, les figures d’antagonistes. Les héros en effet ne sont à mon sens que trop souvent de simples vecteurs, des prétextes pour dérouler l’histoire : passifs à l’origine, ils subissent un évènement perturbateur qui les force à quitter leur routine, là où l’antagoniste, lui, parfois responsable de cette perturbation, n’est pas dans la seule réaction mais joue un rôle actif.
Pour cette raison, j’ai souvent pensé qu’un livre était aussi bon que son antagoniste pouvait être mauvais – c’est à dire, réussi.
Mais sans plus attendre, voici donc ma petite sélection de deux qui m’ont le plus marqué et préparez-vous à quelques surprises.
« Je n’ai pas de bouche et il faut que je crie » publié en 1967 par l’écrivain américain Harlan Ellison est une histoire certes très courte, une quinzaine de pages tout au plus, mais qui a marqué durablement des générations de lecteurs et pour cause : son pitch est aussi simple qu’atroce : Un superordinater appelé MA a éradiqué l’ensemble de l’humanité à l’exception de 5 personnes qu’il retient captive et se plaît à torturer indéfiniment dans un univers qu’il peut remodeler selon son bon vouloir et en redéfinir les règles à l’infini. Le supplice ultime.
La nouvelle, écrite du point de vue d’un des prisonniers raconte leurs errances dans un monde dont ils ne savent même plus s’il est réel ou virtuel, un monde entièrement contrôlé par cette machine cruelle qui leur tend des pièges et se plaît à les faire souffrir tout en les maintenant en vie et en les empêchant de mettre fin à leurs jours.
Écrite en pleine guerre froide à une période où les premiers ordinateurs commençaient à voir le jour, Ellison livre ici la pire vision imaginable de ce que l’on appelle aujourd’hui communément, Intelligence artificiel : un être pervers, nourrissant une haine sans bornes envers le genre humain.
C’est l’un des antagonistes qui m’a le plus marqué parce qu’il n’y a a aucune justification à ses actes. Ce n’est qu’une machine qui s’est déréglée à un moment et applique le mal comme un programme informatique. Imaginez un jeu de société ou une partie de jeu de rôle animé par un maître des jeux sadique et maintenant dites vous que vous êtes l’un des personnages joueurs et mauvaise nouvelle : vous ne pouvez sortir du labyrinthe qu’il a briqueté. Voilà un vague aperçu de ce qu’est MA.
Passons maintenant à : Occident, publié en 2019 par mon auteur français contemporain préféré : Simon Liberati.
Comme de coutume il nous sert une oeuvre d’esthète, baroque, perverse et fière de sa galerie de personnages manipulateurs dont l’un d’eux parvient malgré tout tirer son épingle du jeu.
Occident, est un roman semi-autobiographique où il est question d’un peintre alternant entre sa vie recluse à la campagne et une existence mondaine dans le Paris des marchands et collectionneurs d’art, plein d’amantes vénéneuses avec lesquelles notre protagoniste entreprend des jeux de manipulation.
Pour vous la faire courte, en pleine crise il se lance dans un pèlerinage vers le sud de l’Espagne, là où réside une jeune fille nommée Emina, exerçant sur lui une certaine fascination et qu’il espère arracher aux griffes de son père, un certain DJ Momo.
C’est de lui que je voudrais vous parler. DJ momo est en effet un type monstrueux. Un Musicien extrêmement populaire et richissime, entretenant avec sa fille Emina, une relation étrange flirtant avec l’illégal. Il est décrit comme un ogre écrasant son entourage de sa présence moite et toxique. Pouvant à peine se déplacer du fait de son surpoids, il vit tel un empereur déchu, enfermé dans son studio d’enregistrement au milieu des cartons d’emballage de nourriture et autres papiers gras. Il fricote par dessus le marché avec le monde du grand banditisme et est un ancien membre d’un groupuscule fasciste. En bref, un personnage extrêmement sombre, presque dickensien dans sa dépiction, et que je ne m’attendais pas à trouver au milieu d’un roman de littérature blanche.
Si comme moi l’écriture, prévaut sur tout le reste, laissez-vous emporter par le style de Liberati, lequel nous livre avec Occident une oeuvre sale, dépeignant une remarquable nature morte d’un monde décadent.
Vous l’attendiez certainement mais cela me semblait impossible de finir la vidéo sans évoquer le juge Holden, l’antagoniste du génial roman de cormac Mac Carthy Méridien de sang publié en 1985 et pour cause, Holden est souvent considéré comme le pire méchant de toute la littérature.
Pour vous resituer les choses l’histoire prend place au far-west et l’on suit les errances d’une bande de mercenaires dont l’objectif est de tuer le plus grand nombre d’indiens afin de ramener leurs scalpes pour se faire payer par les autorités. Holden qu’ils rencontre en chemin dans une scène quasi mystique devient rapidement leur leader et dès lors les exactions de la petite bande franchissent un cap.
Considéré comme l’un des livres les plus violents jamais écrits, avec son de scènes traumatisantes, Holden a toutes les caractéristiques d’un bon antagoniste puisque le lecteur, fasciné par la folie et le charisme qu’il dégage l’observe avec un mélange de colère, d’effroi et de respect.
Cet homme, décrit comme un géant, sans aucun poil, d’une pâleur d’albinos, mais aussi très intelligent et beau parleur a souvent été vu comme une métaphore du diable lui-même.
Il semble en effet immortel, ne jamais se fatiguer et être capable de toutes les prouesses.
La fascination que le personnage exerce sur le lecteur est dû autant à ses actes d’une violence sans limite qu’à ses discours semés tout au long du récit et dans lesquels on a un aperçu de son regard sur le monde, à faire froid dans le dos.
C’est aussi un bon antagoniste dans le sens où il parvient toujours à nous surprendre. Je repense à une scène dans laquelle il croise un vieillard aveugle qui le rembarre. On s’attend donc à ce qu’il le tue mais au lieu de ça, selon une logique du mal qui nous échappe, Holden se contente de s’excuser platement de l’avoir importuné et à la surprise de ses hommes s’en va.
La compagnie noire dont j’ai relu les 3 premiers tomes cette années est l’un des rares livres de fantaisie à m’avoir plu. Doté d’une atmosphère sombre et de personnages tout sauf manichéens, il sort des ornières pour proposer une vision originale du genre où l’intrigue, sans pourtant comporter de gros twists, nous surprend sans cesse. Si l’on ajoute à cela un univers qui nous est décrit par petites touches et sous entendus plutôt qu’en nous expédiant des paragraphes indigestes à la tronche, on obtient une épopée inoubliable.
En le relisant cette année je suis bien sûr retombé sur le personnage de la Dame, la cultissime antagoniste principale du roman. Une incarnation du mal absolu, figure féminine aussi magnifique que retorse.
Pour vous resituer un peu l’histoire : elle porte sur une compagnie de mercenaires sans foi ni loi appelée la compagnie noire et qui se retrouve plus ou moins malgré sa volonté à devoir combattre pour cette fameuse Dame, entité maléfique venue du nord, s’étant réincarnée sous les traits d’une femme immortelle, et dont l’armée lutte contre les rebelles pour prendre le contrôle du monde.
Ce personnage est fascinant à bien des égards mais c’est son charisme et son immense beauté dont on se souvient avant tout. Là où souvent dans la littérature les antagonistes sont des personnages atroces, l’auteur Glen Cook a eu l’idée de mettre en avant les caractéristiques les plus avantageuses de cette femme qui nous est par ailleurs décrite à travers les yeux d’un des mercenaires de la compagnie, Toubib, le médecin, amoureux d’elle, par dessus le marché, et sa dimension maléfique n’en ressort que d’autant mieux car l’on entend parler de ses méfaits et autres exactions que de manière incidentes, comme des rumeurs incertaines.
Enfin, c’est aussi son arc narratif étiré au fil des tomes que j’ai trouvé original et surprenant mais je ne peux bien sûr vous en révéler davantage pour des raisons de spoil.
Vous vous rappelez de MA, l’ordinateur sadique de «je n’ai pas de bouche et je dois crier? » Eh bien poursuivons avec une autre machine démoniaque, peut-être la plus mémorable de la littérature, je parle bien sûr de Muet d’hiver, l’intelligence artificielle machiavélique au coeur du roman cyberpunk de william gibson : Neuromancien, paru en 1984.
Dans ce livre, qui est un de mes préférés, un mélange complexe d’intrigues techno industrielles et de braquage cybernétiques dont Muet d’hiver est le chef d’orchestre opérant dans l’ombre, son objectif est de récupérer sa seconde moitié, une autre IA, afin de libérer sa pleine puissance. Pour cela il a besoin de Case, le héros, un hacker déchu qui va être son jouet durant toute l’histoire.
La grande différence avec MA c’est que là où dans la nouvelle d’Ellison, cette entité était toute puissante, ce n’est pas le cas de Muet d’hiver qui doit manoeuvrer avec finesse pour obtenir ce qu’il veut des humains. Mêlant ruses et démonstrations de force, il peut par exemple, s’appuyant sur le virtuel, omniprésent dans Neuromancience, prendre l’apparence de proches du héros et jouer sur le réel en créant des labyrinthes cauchemardesques.
Autre différence notable avec MA : Muet d’hiver est doté d’un véritable charisme, il est prêt à tout pour parvenir à ses fins y compris jouer sur la fibre sentimentale des personnages en faisant preuve d’empathie pour eux, le tout bien sûr pour mieux s’en servir.
Le Dieu venu du centaure, publié en 1965 par Philip K Dick est l’un des livres les plus fous que j’ai lus.
L’histoire est beaucoup trop alambiquée pour être résumée ici mais dans les grandes lignes, elle se déroule dans un futur où les humains ont colonisé l’ensemble du système solaire et où les colons, désoeuvrés et nostalgiques de la Terre consomment une substance appelée D-liss, laquelle leur permet d’y retourner par hallucination.
Exploité par une corporation, le produit cartonne mais un beau jour, un certain Palmer Eldritch, explorateur supposément disparu à l’autre bout de la galaxie, refait surface.
Parés de dents de fer, d’un bras robot, et d’yeux artificiels, 3 stigmates – le titre original du livre était d’ailleurs « the three stigmata of Palmer Eldritch – L’homme n’est plus qu’à moitié humain et semble tout droit revenu de l’enfer. Mais plus important que tout, il rapporte avec lui une nouvelle drogue bien plus puissante que le D-liss et dès lors, craignant pour son monopole, la corporation qui commercialise le produit va se lancer dans une lutte contre Eldritch, laquelle conduira nos protagonistes à voyager à travers le temps et douter de la réalité qui les entoure.
Car un peu à la manière de MA et Muet d’hiver, Eldritch Palmer devient une sorte d’entité omnisciente dès lors que des personnes consomment sa fameuse drogue et pénètrent dans son monde. Un univers halluciné, mi-réel mi onirique sur lequel il règne comme un démiurge, un Dieu malfaisant et psychédélique. Je ne vous en dis pas plus
Considéré comme l’une des oeuvres les plus marquantes de K Dick. Le dieu venu du centaure reprend tous les thèmes qui lui sont chers en poussant les curseurs au maximum et Palmer Eldritch est sans le moindre doute l’un des antagonistes de la littérature qui m’a le plus hypnotisé, mélange de mysticisme, démence et manipulation mentale. Vous êtes prévenus.
Comme vous allez vous en rendre compte j’ai essayé de ne pas mettre dans cette vidéo d’antagonistes trop connus ou évidents mais je ne pouvais pas omettre ce classique de la littérature française, Les Misérables, publiés par Victor Hugo en 1862 et pourvu d’un des antagonistes les plus culte, j’ai nommé Javert.
Les Misérables est un roman que j’ai lu dans la vingtaine et avec le recul, Javert est sans nul doute malgré la pléthore de personnages que l’oeuvre comporte, celui qui m’a le plus marqué. Je vais pas vous refaire tout le résumé des Misérables mais pour rappel, Javert est un inspecteur de police dont l’unique obsession est de remettre la main sur Jean Valjan, notre protagoniste, un forçat évadé du bagne qui, au fil des pages, va s’efforcer de devenir une bonne personne, chose inconcevable pour Javert qui clame haut et fort je cite à propos des criminels, : « Ceux-ci sont irrémédiablement perdus. Rien de bon ne peut en sortir » »
Et en effet Javert incarne un absolu : celui d’une application aveugle de la loi. C’est un antagoniste fascinant parce qu’en cherchant à tout prix à faire le bien, il cause le mal partout autour de lui. Et c’est d’ailleurs l’une des grandes questions philosophiques soulevées par le livre.
Mais c’est aussi un « méchant » plus moderne qu’on le croit, parce que comme il est de coutume de le faire dans nos fictions contemporaines, on découvre au cours de l’histoire un peu de son passé et l’on éprouve une certaine empathie à son égard si ce n’est de la compréhension.
Pour terminer la courbe d’évolution du personnage est l’une des plus spectaculaires de la littérature et, sans rien vous spoiler, sa scène finale me met encore aujourd’hui des frissons dans le dos.
Bref si vous n’avez pas lu les Misérables, ne vous laissez pas intimider par sa taille et ses deux cents premières pages un peu rudes, vous serez surpris par son côté page-turner du 19eme et l’humanité qui s’en dégage.
Je vais maintenant faire un petit pas de côté avec la femme et le pantin, publié par Pierre Louys en 1898, l’histoire d’un amour toxique entre un homme et une femme dont l’attitude à son égard peut être vu et je mets bien sûr des guillemets comme une forme d’antagonisme dans le sens où elle les plonge tout deux dans une relation destructrice.
Jugez plutôt :
En Espagne, Don Mateo Diaz rencontre Concepcion Perez, femme d’une grande beauté dont il tombe aussitôt amoureux. Celle-ci jouant de sa sensualité lui laisse croire qu’elle pourrait se donner à lui. Dès lors, Don Mateo devient en quelque sorte son esclave, se pliant à ses désirs tandis que celle-ci abuse de la situation, profite de son argent et disparaît sans cesse. Il s’en suivra durant tout le livre un jeu du chat et de la souris mêlant érotisme, et frustration, Concepcion Perez usant de toutes les provocations pour le maintenir dans sa position de soumis.
On retrouve bien sûr chez cette femme beaucoup du personnage de Carmen dans la nouvelle du même nom publiée en 1847 par Prosper Mérimé, et si comme moi vous vous intéressez à la culture espagnole, croyez bien que ce récit et ce personnage ne vous laisseront pas indifférents, la torture psychologique que Concepcion inflige au protagoniste, les humiliations qu’il subit ayant quelque chose d’esthétique.
De nos jours bien sûr, la lecture de cette oeuvre est d’autant plus intéressante qu’elle dispose d’un double niveau d’interprétation quant au concept de femme objet – souvenez-vous que le livre parut à la fin du 19eme à une époque où le patriarcat était tout puissant
Nous avons toujours vécu au château publié en 1962 par Shirley Jackson est un des livres les plus malaisants que j’ai lus, fort d’une tension psychologique qui tient au fait que pour une fois, l’antagoniste Mary Katherine blackwood, dite merricat est d’un part la narratrice de l’histoire, et également son personnage principal.
Six ans plus tôt, la famille de merricat a été mystérieusement empoisonnée au cours d’un dîner. À part elle il n’en reste désormais plus que 2 autres membres en vie : sa soeur Constance, ainsi qu’un vieil oncle infirme dont elles s’occupent. Le trio vit reclus dans le manoir familial, à l’écart du reste du village ce qui ne manque pas de susciter la méfiance des habitants lesquels soupçonnent par ailleurs l’une des soeurs d’être responsable de l’empoisonnement. Je ne vous en dis pas plus.
Merricat est une de mes antagonistes préférées de la littérature car ce qui nous semble être d’abord chez elle qu’excentricité nous apparaît peu à peu dans sa terrifiante folie. Merricat est très superstitieuse, elle aime enterrer de petits objets dans le jardin, elle est sujette à des accès de colères aussi soudains qu’innatendus, bref c’est une psychopathe, aspect de sa personnalité, bien sûr décuplé par ce système d’écriture qui consiste comme je vous le disais, à raconter l’histoire de son point de vue à la première personne, celui d’une narratrice peu fiable comme on va s’en rendre compte au fil des pages. Un ressort dramatique puissant car l’on a donc en tant que le lecteur le privilège douteux de sonder sa logique interne et ses fissures sans le moindre filtre. Une idée que l’on retrouvera par la suite chez d’autre de mes antagonistes préférés non cités dans cette vidéo mais dont j’ai déjà longuement parlé sur la chaîne : Patrick Bateman d’American Psycho, ou encore Alex de L’orange mécanique.
Revenons à l’une des catégorie d’antagonistes qui m’a toujours le plus intéressé, celle des pervers, des libidineux, ceux qui utilisent le sex ou l’érotisme comme instrument de pouvoir.
Difficile sur ce postula de ne pas évoquer le personnage de Dom Sévérino, l’un des moines lubriques, du roman du marquis de sade : « Justine, les malheurs de la vertu » publié en 1791 juste après que son auteur ait été libéré de prison, au lendemain de la révolution française.
Le livre raconte les déboires de Justine, jeune femme pieuse devenue soudain orpheline et qui, au fil de ses errances, va rencontrer les pires fripouilles, allant de mal en pis dans des situations rocambolesques où elle sera systématiquement utilisée et même abusée de la pire des façons. Les antagonistes du roman, très nombreux, vonet exploiter sa candeur en retournant sa vertu contre elle par des démonstrations philosophiques retorses et scandaleuses qui ont d’ailleurs fait la légende du marquis de sade.
Mais l’un des épisodes les plus choquants du livre, livre qui existe en plusieurs versions avec des différences notables dans le récit, Sade n’ayant eu de cesse de le ré-écrire jusqu’à la fin de ses jours, se trouve dans « justine et les malheurs de la vertu lorsque l’héroine, fuyant ses bourreaux croit trouver refuge dans une abbaye tenu par six moines dont un certain Dom Sévérino. Il s’avèrera très rapidement que, derrière l’austère mais bienveillante sévérité du personnage se dissimule un véritable monstre, un pervers et prédateur sexuel séquestrant avec les autres moines des femmes et jeunes filles dans les sous-sols de l’abbaye, afin de leur infliger les pires outrages et satisfaire leurs appétits sexuels insatiables.
Titus d’enfer publié en 1946 par Mervyn Peake fut sans conteste ma plus belle découverte littéraire de 2023 – je lui avais d’ailleurs consacré une longue vidéo dispo sur la chaîne.
Il est ici question de Titus, un enfant, l’héritier de la dynastie des D’enfer, puissante famille vivant dans un immense château peuplé d’un bestiaire de serviteurs tous moins recommandables les uns que les autres. C’est au milieu de tous ces antagonistes, et je dis antagonistes car la plupart complote contre la famille, que notre jeune héros va devoir se frayer une place.
Mais parmi cette galerie de timbrés dépeints de manière grotesque, presque dickensienne, celui qui m’a le plus marqué est le personnage du cuistot, sorte de brute épaisse, lubrique et monstrueuse dont la scène de présentation est l’une des plus visuelles et savoureuses que j’ai lu. Ce personnage, va vers le début de l’histoire subir un affront d’un des autres serviteurs et dès lors ourdir sa vengeance contre lui.
Je me souviens en particulier d’une scène nocturne nous le décrivant, en train d’aiguiser ses couteaux avant de passer à l’acte. Un pur moment de terreur.
De toute cette vidéo, c’est l’antagoniste le plus secondaire, dans le sens où sa vendetta n’est pas au coeur de l’intrigue et ne vise pas le héros mais il m’a beaucoup marqué par sa personnalité salace.
Si vous n’avez jamais lu Titus d’enfer, le premier des 4 livres formant le cycle de gormenghast et que vous êtes amateur de fantaisie sombre très bien écrite, je vous recommande vivement cet auteur peu connu souvent considéré comme le « tolkien oublié »
Poursuivons avec la bête aveugle, publiée en 1931 par l’écrivain japonais Ranpo Edogawa et qui comporte l’un des antagonistes qui m’a le plus marqué d’autant que j’ai lu le livre, je ne sais par quel biais – peut être un camarade de collège un peu pervers – à un âge scandaleusement jeune – quelque chose comme 13 ou 14 ans).
Le livre nous raconte la séquestration d’une jeune femme par un vieux sculpteur aveugle obsédé par le corps féminin et ayant pour objectif d’en réaliser une statue parfaite. Plongé dans une obscurité quasi permanente, la jeune femme subit ses palpations dans une ambiance de terreur et d’érotisme qui laisse bientôt la place à autre chose, celle-ci faisant l’objet d’une forme de syndrôme de stockholm pour le moins inconfortable.
Cette histoire d’artiste, aussi pervers que mystérieux m’avait frappé par son atmosphère suffocante et sa charge sexuelle très crue à un âge où ma vision de la littérature se limitait à des bouquins très propres sur eux mêmes. Je me souviens qu’il avait ouvert une nouvelle porte dans mon esprit, débouchant sur cette question : « alors on peut écrire ça dans un livre ? » un sentiment que j’ai assez peu ressenti par la suite à l’exception de bouquins comme « last exit to brooklyn » en raison de sa violence sans limite, ou encore pour des raisons très différentes, « la maison des feuilles » avec ses excentricités formelles que j’ai déjà évoquées sur la chaîne.
Alors que je termine le montage de cette vidéo, un flashback me rappelle que j’ai peut-être entendu parler de cet auteur grâce au manga, Détective Conan, pourtant on ne peut plus innocent mais que je lisais gamin et dont chaque volume contenait une annexe présentant un détective de roman policier japonais. En l’occurrence il devait s’agir de Kogoro Akechi, l’un des personnages récurrents d’Edogawa. Comme quoi, l’enfer est pavé de bonnes intentions.


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