Le plus beau film du monde // MILLENNIUM MAMBO par Hou Hsiao-hsien

Millennium Mambo (2001). Un titre qui résonne comme une énigme : réalisé par Hou Hsiao-Hsien, habité par Shu Qi dans le rôle de Vicky, éclairé par le génial Mark Lee Ping-bin (lui-même chef-opérateur sur In the Mood for Love), et auréolé d’une musique hypnotique dont « A Pure Person » par Lim Giong qui hante encore chaque plan. Aujourd’hui encore presque introuvable, relégué au streaming basse def ou à de vieux liens BitTorrent fantômes malgré une restauration 4K en 2023. 

Shu Qi y incarne Vicky, héroïne plongée dans la nuit de Taipei, tentant d’échapper à la spirale fêtes, drogues, alcool. Un personnage à la fois paumé et fascinant, dont la voix off annonce un étrange décalage temporel : l’histoire se passe en 2001, mais Vicky s’exprime dix ans plus tard. Montage éclaté, chronologie incertaine, “elle revient à lui sans cesse”… Personne ne sait jamais vraiment si elle s’est définitivement libérée de ce petit ami jaloux et possessif. Le résultat : un film qui peut sembler dépourvu de fin, où l’on pourrait se perdre à chaque vision, comme si rien n’était jamais fixé.

Ça commence sur cette scène d’ouverture mythique au son de « A Pure Person » par Lim Giong (souvent baptisée l’opening scene), un plan-séquence tout en lenteur aérienne, baigné d’une musique envoûtante. D’ailleurs, la soundtrack et l’ambiance sonore font partie de l’identité même de l’œuvre, tant la techno, les beats, et le silence forment un ensemble hypnotique.

Shu Qi y brille d’une lenteur aérienne, comme un poisson pris dans l’aquarium des boîtes de nuit et d’un appartement-annexe, connectés par une simple coupe au montage, la musique intra-diégétique servant de pont. Un plan-séquence d’ouverture d’une beauté renversante, des raccords plein axe, une insolence qui semble se moquer de toute « bienséance » cinématographique. Millennium Mambo ne cherche pas l’approbation : c’est un film qui s’en fiche, et c’est précisément cette assurance qui le rend unique.

Ce n’est pas simplement un chef-d’œuvre, c’est « le plus beau film au monde », comme une sorte de mantra personnel. 

L’ironie veut que tout ait commencé en feuilletant un numéro 562 des Cahiers du cinéma, consacré à Mulholland Drive de David Lynch, autre labyrinthe narratif. Faute de pouvoir voir le Lynch (streaming inexistant, DVD introuvable), c’est sur Millennium Mambo qu’est tombé le dévolu. Et le parallèle se ressent dans cette manière d’éclater le temps, de ne jamais assurer quelle scène précède l’autre. Le spectateur se perd, s’accroche à la voix off, tente de deviner si Vicky s’est enfin libérée ou pas de ce petit ami « délinquant jaloux ».

Plus tard, un séjour à Hokkaido en 2024 fait resurgir la mémoire de Vicky. Dans le film, elle s’y rend, comme si fuir Taiwan ne suffisait pas pour échapper à la nuit. La réalité de Yubari, village minier déserté, ne fait qu’épaissir cette impression de fugacité. On repense à cette scène brève où Shu Qi plonge son visage dans la neige, geste dérisoire qui laisse pourtant une empreinte — l’image même du film : éphémère et profondément bouleversant.

Cette chronique ne dévoile rien, parce qu’il n’y a finalement rien à dévoiler. Millennium Mambo est un sentiment, une extase nocturne, un vertige temporel. Son soundtrack enveloppe chaque séquence d’une aura électrique, entêtante, comme un battement technoïde entre deux silences. Son rythme languide embrasse quelques éclairs de grâce, suspendus dans le vide. Loin des canons hollywoodiens ou des esthétiques d’école de pub, il trace sa propre route, imperméable aux jugements.

Hou Hsiao-Hsien, Shu Qi, Mark Lee Ping-bin, une alliance rare qui donne corps à un film qu’on peut revoir cent fois, pour n’y rien comprendre davantage, mais ressentir à chaque vision un frisson neuf. 

Il reste donc cette idée persistante : peut-être que quelque part, dans un coin reculé d’Hokkaido, la jeunesse fugace de Vicky subsiste, figée dans une neige qui ne fond jamais. Parce que Millennium Mambo, malgré son minimalisme narratif, donne l’impression d’un moment éternel, comme un rêve dont on ne veut pas s’éveiller. Si, par hasard, on croise cette empreinte au détour d’une errance, il suffira de la contempler, ne serait-ce qu’une seconde, pour mesurer l’ampleur de ce que Hou Hsiao-Hsien a accompli.

C’est tout. Pas de morale, pas d’explication, juste une envie d’y revenir indéfiniment et d’imaginer Vicky, Shu Qi, la nuit et le tempo lancinant de la bande-son, répétés à l’infini. Le plus beau film au monde ? Avec cette chronique, la réponse flotte dans l’air, se défile comme le battement d’un DJ set oublié, et n’appartient qu’à celui qui voudra se laisser happer par l’envoûtement.

(Description générée par IA d’après le texte que j’ai écrit pour la vidéo)

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